Le Train Bleu : Rêver d'une chute

 

        Il a fallu s’organiser deux semaines à l’avance mais ce soir, je vais enfin dîner au Train Bleu. Je m’empresse de nouer une jolie cravate, et d’attraper un parapluie pour affronter les torrents automnaux. J’ai évidemment mis une chemise et un pantalon car le Train Bleu n’est pas un restaurant nudiste du Cap d’Agde mais bel et bien une institution de notre chère capitale. 


Au coeur de la gare de Lyon, se cache la très célèbre gastronomie de Michel Rostand, promise généreuse et régionale, au sein d’un lieu sublime cerné de dorure, d’immenses toiles en banquette de cuir, de lustres tombants… Je n’épilogue pas, vous savez déjà tous à quoi ressemble l’intérieur. Et c’est pour ça que l’on y vient, histoire de vivre un moment magique, et dans mon cas, d’inviter ma femme pour une soirée enchantée. 


Ça commence mal


Posé sur les deux élégantes couches de nappes blanches, trône un chevalet que j’ai en horreur : un gigantesque QR code nommé Google, qui passera le repas à vous regarder avec insistance. Il est ici afin de vous inciter à mettre un avis sur internet. Ça commence mal.


Ne jugeons pas trop vide et engageons nous pour un entrée, plat et dessert à 73€ (!), accompagné d’une bouteille de Volnay. Une robe sublime de Ruby, d’un genre à s’enfiler sur le doigt d’une demoiselle. La carte des vins n’est pas très excitante, mais ceux qu’on s’attendait à voir, y sont, un peu comme à l’Académie française…  


Pour la bouffe, pas d’autre constat, ça commence mal. Une croûte en pâté (empâtée voire empotée), qu’aucun cuisinier qui aime son métier n’aurait osé servir. Pas qu’il soit mauvais, mais ridiculement proportionné, ne laissant aucune place au ris de veau de s’exprimer : l’impression d’ingérer une énième miche de pain, 60% de croûte, 40% de déception. 


Quand la réalisation détruit le rêve


C’est une chute terrible qui métaphorisera le reste de ce repas. Celui-ci que j’imaginais d’une extrême élégance, au sommet du service, comme un douce barque vous emmenant à satiété le temps d’un rêve… brisé. Du service à l’assiette, rien n’était de l’ordre du grand restaurant, rien n’était à la hauteur du cadre ou du prix. 


Il n’est pas vraiment nécessaire d’élucubrer. Une tête de veau mouillée d’un bouillon fade de légumes qui ne demandaient qu’à en finir, et des serveurs bien loin d’être des méchants, mais pas à la hauteur de l’institution. 


Il n’y a que le gigot et le gratin dauphinois qui se démarqueront par leur générosité. En revanche c’est très peu marquant au niveau du palais. De la viande en passant par la sauce et les patates. Je me souviens de meilleurs gratins au Petit Olivier qui accompagne un pavé d’Aubrac pour 15€. 


Percuter le sol


Lors d'une chute libre, vous pouvez trouver quelque chose de poétique à ce qui vous entoure : de la liberté, des sensations, de la beauté… Mais lorsque vous atteignez le sol, arrive la  douleur. Ce fût la même chose à l’arrivée des desserts. Je n’ai pas touché au fromage, incompréhensiblement immangeable. L’assiette du mille feuille sera également renvoyée pleine, après que je fût écœuré à la deuxième cuillère. 


Comme vous mettre sur la pointe des pieds ne vous rapproche pas vraiment du soleil, monter les marches du Train Bleu ne vous rapproche pas vraiment de la grande gastronomie française. Ce restaurant ne sert plus qu’à alimenter les story des américains, et pour 256€, j’aurais préféré offrir un joli cadeau à ma mère. 



Le train Bleu,

Gare de Lyon, 75012, Paris

01.43.43.09.06

Commentaires

Les plus lus