Le Moulin à Vent : meilleur bistrot de Paris, vraiment ?

 

        On a vu le verdict tomber : maître Pudlowski a déclaré le moulin à vent vainqueur de cette grande course au meilleur bistrot de 2023. Équipe fraiche, carte dépoussiérée faite de classiques, avec cette appartenance au nouvel élan de restauration qui joue un fatras de tradition instagramable. La nouvelle recette du succès attirant bons bâfreurs, nostalgiques, et fascistes qui se donnent un genre (la frontière est parfois fine, voyez à la moustache).  Voilà ce que l’on sait avant de venir, en plus des avis positifs partagés et d’une autre victoire aux mondiaux de l’oeuf mayo. 


Et donc forcément il a fallu que j’essaye et que je vienne confronter mon palais aux autres. Malgré leur popularité, nous pouvons réserver agréablement au téléphone, et aucune emprunte bancaire n’est demandée, ce qui se fait de plus en plus rare au sein des restos de la capitale. À souligner tout de même un certain “votre table est réservée pour 1h30” dans le mail de confirmation, balayé vous le verrez, par un beau bouquet de banquet bien arrosé. 



Pickels à tout va


Visuellement le coquetel est bien équilibré. Il débute avec comme base une salle toute juste bruyante de chaleur et de bonheur. Pour l’acidité, deux centilitres de carte écrite à la craie et enfin une poigne d’élégance, du champagne à la nappe blanche. Et voilà votre français soixante-quinze. 


Le choix est rude… Tout est plutôt appétissant, la carte des vins est interminable alors pour marier les deux et faire plaisir à quatre camarades aux palais divisés ce n’est point tâche facile. Quelques délibérations et, on se lance. 


Bien évidemment que cochon et cornichons font le couple le plus érotique que l’on est connu. Alors c’est un bonheur de voir ce bol de vert et d’ail, accompagné mon carpaccio de tête. La table est dressée : Gigondas, pain de campagne, oeufs mayo, pâté en croute, eau gazeuse. 


Nous nous enfonçons dans les banquettes. 


En termes de cuisine il n’y a pas grand-chose à revoir, tout est soigné, équilibré et réfléchis. En revanche ça manque de personnalité. D’abord, ça ne se détache pas de ce qu’on a l’habitude de graille du côté pâté croute. Quant au reste, il me semble entendre les mêmes directives pour chaque assiette : sauce légèrement acidulée, soupçon de moutarde et le tout cassé par le vinaigre sucré des pickles de betteraves que l’on saupoudre à la pelle un peu partout. 


Il y en a pour tous les goûts, tous les prix et c’est plutôt sympa de ressentir cette envie d’accueillir et de partager dès la lecture de la carte. De la saucisse lentille à 18€ aux ris de veau à 45€! le tout avec un menu midi à 23€ E+P+D, très abordable pour la qualité. 


Personnellement, je dégusterai ce soir la poitrine de veau 15 heures, sauce morilles et gratin dauphinois. Hop mon ami a de bons réflexes et rattrape le filet de bave qui s’échappe de ma bouche impatiente. 


Le gratin était d’une perfection exquise, excellé d’une touche de noix de muscade, tellement réussi qu’en trois bouchées le voilà disparut. Ce qui nous laisse en face à face avec le veau. Moi, 1m80 de chaire affamée, lui, 300g d’espoir de me régaler. 


Succès en demi-teinte, à demi-mot, de veau, de tête de cochon et de maux de tête


Quel dommage, on dirait que pendant 15 heures, rien à cuit ensemble. Les morilles ne font que décoration et le jus est pressé d’une autre bête, c’est en n’a plus rien comprendre. Je ne dirais jamais que c’était mauvais, mais je dois avouer que je n’ai pas été transporté. Le constat est dur pour un troquet qui ne mérite pas telle critique. Le ris en valait dix, le moment était intemporel, mais je me dois d’être tatillon vu tous les éloges. 


Alors, meilleur bistrot de Paris, vraiment ? Et bien pourquoi pas. On ne peut juger un lieu sur une seule visite et de ce que j’en ai vu il y a de la passion, de l’envie et l'intérêt de faire les choses comme il se doit. Si vous venez au Moulin à Vent vous passerez assurément un bon moment. Nous sommes dans un bistrot comme on l’entend, c’est chaud, c’est généreux tout en étant chic et respectueux des codes, c’est abordable, critiquable mais qualitatif. 


Si ce n’est pas ici, alors où ? Je dois avouer que j’ai un penchant pour mon cher Stéphane au sein de son Bistro des Oies, tout en simplicité. Un bistrot de connaisseurs, de tatillons, de gros chieur en quête de simplicité pour leur loupe à détails qu’ils se forcent à éclipser. Par là-bas c’est la douceur pour deux fois moins le prix, des quilles à chasser les liseurs d’étiquettes et des problèmes ranger sous le paillasson. 



Au Moulin à Vent

20 rue des Fossés St-Bernard

75005, Paris

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