Septembre hivernal rue Delambre
La dépression du mois de Septembre résonne aux creux des terrasses déjà couvertes de quelques pulls et vestons. Les habitudes reprennent, les vacances s’essoufflent, et ces derniers jours de libertés ont un goût de (ré)acclimatation à la grisaille parisienne. Le choc thermique nous convie à des envies coquines de soupes à l’oignon et escargots à gogo. On se reprend, malgré l’anarchisme culinaire d’une raclette en été il faut se convaincre d’avoir la mer à porter de RER.
Pour se faire pourquoi pas le Bistrot du Dôme et son intérieur clinquant de jaune : un éblouissant menteur cachant l’obscurité de la rue Delambre. Il s’érige en clignotant pour vous indiquer la sortie de l’autoroute Montparnasse vers les mosaïques poissonnières du marché de Porto. Cette fois-ci on est entrés, séduit par les menus entièrement sur ardoise et certainement alléchants pour rendre un peu de soleil aux vacances. Je ne sais pas d’où vient cette sensualité d’un trait toujours unique de craie, mais je m’en amourache chaque fois.
Ce bistrot ? Oh, c’est ce film de Godard avec les mêmes acteurs vieillissants, où l’on imagine des couleurs trop étincelantes pour le noir et blanc. C’est ce doyen tranquille, encore enchanté de dîner avec sa dame dans ce décor affectueux. Dans cette poésie Paris sud, il y a un maitre d’hôtel pour un serveur : une tranquillité attachée aux traditions. On la ressens cette envie des choses bien faites, une esquisse naturelle qui vous permet la qualité sans se prendre la tête. Et le serveur vous lâchera : “Je vous le refais ce café s’il est froid cher ami !” L’ambiance est bonne, un lundi chaleureux qui épouse l’atmosphère de ce troquet presque villagesque.
Et les assiettes furent !
Après cette exploration profonde, je plonge alors pour la sole meunière. Simple et élégante, presque trop d’ailleurs. Epurée peut-être par crainte d’étouffer l’affamé, m’enfin bon mon copain, je veux plus de beurre ! Où est ma meunière pardi ? Je veux que ça trempe, que ça baigne, que ça coule au contact de mon palais saliveux. Le constat se répète, mince, cinq patates. Comme si personne n’avait reçu l’invitation à l’orgie qui s’élaborait dans mon assiette. Sauvé ! La cuisson est réussie, le poisson est tendre et chaque bouchée me fait oublier mes regrets précédents. C’est quand même solement bon, pour 34€ on n'est pas déçu.
Pour m’accompagner mon ami s’engloutit un steak d’espadon qu’il choisit de marier d’un risotto tout à fait réussi. Toujours du goût, et une cuisson qui ne nous permet aucune critique négative. Avec tout ça une jolie quille de Chablis à 33 balles, belle surprise. Pas de bille par ici, toutes les boutanches sont au même prix. Du Muscadet au Pouilly-Fumé, en passant par le Viognier. Impressionnant. Ah j’oubliais ! Nous avons dû faire l’impasse sur les entrées, excessives au premier coût d’oeil. Peut-être une erreur qui sait, mais c’est sans crainte que je reviendrais les goûter.
De toute façon, il nous fallait de la place pour dévorer l’énorme mille feuilles qui clôtura ce gueuleton maritime. Comment vous expliquer. Prenez la pâtisserie en boulangerie. C’est bon vous l’avez ? Vous la doublez de hauteur, vous l’allongez sans réserve pour enfin flanquer une gifle de crème pâtissière. Avec une tarte pareil, vous aurez deux desserts… Attendez, il reste le meilleur : une douce étreinte de Grand Marnier, comme si papa leva soudainement toute sa pudeur. N’ayez crainte jeunes plus trop affamés, c’est une pièce réalisée avec légèreté, de sa pâte feuilletée bien soufflée, à sa couverture très peu sucrée.
C’est une bonne note le petit Dôme. Je passerai me rassasier une autre fois et me ressaisir de l’ambiance. J’ai aimé sa finesse, quoiqu’elle fût parfois de trop, mais pour 100€ d’addition, à deux, je ne pars pas mécontent du tout.
Ça donne soif tout ça…
À deux pas dans l’ombre de la rue Delambre, deux lampes éclairent discrètement le trottoir. Le Scott bar, entre rouge prohibition et velours madame Claude, cet endroit nocturne vous ouvre à tous vos vices. Qu’il se veut coquet ce troquet nocturne… On y est bien, noyé dans une pseudo ambiance élégante aux musiques paisibles, jonglant entre Nostalgie et Dean Martin. Ça se fait rare les coins où on vous laisse libre de discuter à mélodie raisonnable.
Pour y comprendre ce qui se trimballe ici, entre patronne et habitués, il faut y mettre les pieds, et du reste c’est un joli spectacle des années 50 aux costumes bizarroïdes. Je ne pourrais décrire les expériences au coin de ce zinc, il faut les vivre avec son propre excentrisme.
Pour ce qui est de ce subtil lundi, nous étions seuls, affalés sur les coudes, bataillant du regard les chopines en vitrines. Nous rencontrons cette bonne dame. Je crus à ce moment-là qu’elle m’était envoyée afin d’apaiser la désolance des obscurcissement parisiens. Rassurance de grand-mère avec l’assurance de barmaid, son shaker est prêt à dégainer sa nouvelle création. Parfois je me demande si l’alcool projette mes rêves, ou si les anges propagent des miracles lorsque je suis soûl. Elle avait l’âge que je n’atteindrais pas, avait étudié le cocktail après tout le monde, et s’était retrouvée là, à nous servir son Marylin… Une fraiche caresse de basilic mariée à la candeur de la framboise.
Nous reprenons nos radeaux de misères, cinq ou cent pas, cinq ou cent balles, vite oubliés, il est 5 heures, c’est l’heure où je vais me coucher.
Le Bistrot du Dôme
1 rue Delambre, 75014 Paris
01.43.35.32.00
Le Scott bar
7 rue Delambre, 75004 Paris
01.43.27.39.97
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