The Crying Tiger : Méfiez-vous de l’exotisme dans le 6ème arrondissement
Il n’en faut jamais trop mais toujours un peu pour faire voyager les immobiles du centre-rive-gauche parisien. Nous sommes alors en pleine rue du cherche-midi, entre les nappes à carreaux Gabin du Chien qui fume et les serveurs en livrées ou enivrés du Nemrod. Fascinant large coupe-gorge où ses habitants ne mangent jamais à la maison. Tant mieux pour les commerçants du quartier qui voient leur terrasse remplie à toute heure ! Ce soir, après les croissants à la boulangerie polonaise, la tambouille à la cantine du Petit-Olivier, le goûter chez Mamie gâteau, pris par un coup de folie parce que c’est samedi, on se permet un thaïlandais prénommé : THE Crying Tiger. Modeste.
On peut dire qu’il coche tous les critères des restaurants de notre époque. Si je ne faisais que passer, j’aurais sûrement ignoré la devanture mi-gastro-mi-fast-food. Vous l’avez compris, dans ce coin-là, tout est demi-mesure, sauf les costumes. Mais voyez-vous, j’aurais été en tort de juger ce bouclard trop rapidement. Il y a un côté élégant et réconfortant dans cette salle sombre jaunie de quelques lumières. Nous y sommes très bien reçus malgré les pulls de la marque portés par les serveurs, vendu 50€ en toute impunité. Ce n’est que mon avis mais de là se dégage une ambiance (pesante) d’usine trop coquette pour ne pas être suspicieuse. Tout comme je suis malheureux de voir la carte moitié française, moitié anglaise, mais il faut vivre avec son temps. Je deviens sûrement trop aigri. En tout cas chapeau le Crying ça fonctionne !
Les choses sérieuses.
Il est très bon de blablater mais on tourne en rond. La bouffe dans tout ça ??? Il faut dire qu’à ce niveau-là, on se mouille pas trop par ici. C’est un peu comme dîner chez un couple d’amis qui vient de découvrir les épices mais qui est encore effrayé par le curry. Il ne faut pas se brûler la langue ou chercher des sensations, tout est lissé pour vous. Ils paraît même qu’ils offrent quelques papouilles si vous prenez un dessert. Creusons un peu. Je pars alors sur une bavette Angus mariné à la Thai, parce que c’est ce qu’on vient chercher ici : de bons repères avec une touche venue d’ailleurs. Et franchement c’est pas mal. La viande est tendre, de bonne qualité, légèrement agrémenté de piment, d’ail et d’herbes, accompagné de son riz très gluant. On y retrouve quelques saveurs de l’Asie du Sud-Est, mais évidemment tout en douceur. Ça vous coutera 23€ pour changer du bistro classique, on valide ! Place au Pad Thai, attention là vous prenez un gros risque. Pour le coup on s’attend à autre chose qu’un bol de nouilles au poulet, on espère un peu de profondeur dans l’assiette, et c’est raté. Grosso merdo, c’est du pittaya servi en vaisselle et pour 22€ on ne peut qu’être déçu. Pas étonnant qu’ils soient aussi sur Uber Eats… Vous ne trompez personne il n’y a rien de thaïlandais dans cette assiette et si les habitants du 6e allaient chez Picard, ils feraient de sacrées économies.
Je suis un peu lassé de ces restaurants tape-à-l’oeil, où tout paraît tellement parfait, qu’on ne se questionne plus sur la qualité de sa graille : une assiette plus large que son contenant, de la coriandre pour décorer, des prix gonflés et tada ! voici la nouvelle recette pour plaire en servant n’importe quoi.
Sur les boissons, même constat : on ne joue que sur l’apparence ! Des cocktails en bouteille déjà tout prêt qu’on vous taxe 14 balles, et une Singha pour faire genre. Au niveau des vins on est sur du classique plus plus, même si tout est leg’ au niveau des rouges. Les plus érudits vous conseillent du tannin pour tenir les plats en épices, mais personnellement je suis satisfait d’un Marsannay avec une saucisse citronnelle.
Sauvés par le gong !
Grande surprise à l’arrivée des desserts ! Le khao niao mamuang (riz gluant, lait de coco, mangue) est divin, et le moelleux choco/coco cowork good. Quand c’est bon finalement je me permets même quelques anglicismes mélangés à de maigres allitérations. Des digeots franco français viennent finir le frichti dans une ambiance qui tend à se détendre.
Trêve de style d’enculeur de mouches, on en pense quoi au final ? Bon niveau tarot c’est pas excessif mais pour ce qu’on graille ça fait mal. Sans parler de ce qu’on boit : les quilles ne se servent qu’entières entre 30€ et 96€ et pour bien boire comptez 50€. Et le pourboire ? L’équipe est sympa malgré la tendance à tutoyer si vous avez moins de vingt-cinq ans. Sur ce qu’on mange tout est mitigé, si vous êtes arrivés ici vous l’avez compris. Je pense qu’il faut savoir où l’on vient et en sorte, quoi choisir. Je vous orienterai plus vers les “mains” qui ajouteront un piment léger à vos habitudes de brasserie. Quant à la partie Thai, métro direction olympiade vous serez plus repu.
Mot de la faim ? C’est sympa un midi en terrasse pour 26€ E/P et 30€ E/P/D sinon ça vaut pas le coup.
The Crying Tiger
72 rue du Cherche-Midi
75006, Paris 01.40.47.07.54
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